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Ce que le football français doit à l’Olympique Lyonnais

28 août 2013

Alors que l’Olympique Lyonnais affronte la Real Sociedad ce soir et risque une nouvelle fois de n’évoluer qu’en Europa League cette saison, nous avons souhaité rendre hommage à un club qui a porté le football français à bout de bras depuis quinze années. Un club qui, même dans la difficulté actuelle, reste fidèle à un modèle sain et responsable. Si tout ce que Jean-Michel Aulas a réalisé avec son club n’est pas irréprochable, il a au moins eu le mérite de faire évoluer, en France, dans la bonne direction le mode de gestion d’un grand club. Retour sur un pari assumé et réussi.

 

 

Un succès sportif admirable

Depuis 1999 et à l’exception de la saison 2011-2012, l’Olympique Lyonnais a réussi la prouesse inédite de toujours se trouver sur le podium de la Ligue 1 en fin de saison. Surtout, en glanant sept titres de champion consécutivement, il a marqué non seulement l’histoire du football français mais surtout toute une génération de passionnés. A tel point que la concurrence, sonnée et écœurée, a eu besoin de plusieurs saisons pour se convaincre que la deuxième place n’était pas le seul objectif envisageable.  

Surtout le club a réussi à construire parmi les plus belles équipes du 21ème siècle en Europe. Et cela avec une saine gestion de la dépense, un excellent centre de formation et des recruteurs internationaux de grand talent. Le milieu Essien-Diarra-Juninho a probablement été le meilleur milieu du monde par sa complémentarité, son intelligence et sa qualité au cœur des années 2000. Trois joueurs achetés bien en-dessous de leur valeur intrinsèque et qui ont durablement marqué les esprits. Trois joueurs qui n’auraient probablement pas autant brillé les uns sans les autres.

 

Un glorieux et nécessaire représentant européen

En effet, sur le théâtre européen, les Lyonnais ont réussi la prouesse de sortir neuf fois consécutivement des poules de Ligue des Champions avec notamment une demi-finale en 2010 et trois quarts de finales (dont la fameuse opposition face au PSV Eindhoven). Au-delà du résultat qui peut paraître simplement bon, dès lors que le club n’a pas réussi à franchir le palier du très haut niveau, c’est la régularité à ce niveau qui est impressionnante. Peu, parmi les plus grands clubs européens, ont affiché une telle régularité dans le Top 16 de la compétition reine.

S’il n’a pas gagné ni atteint de finale européenne comme sept autres clubs français, l’Olympique Lyonnais est le recordman français de participations à la compétition reine. Un record que l’Olympique Lyonnais n’a mis que quinze années à établir. Un exploit qui a sauvé un football français alors que ses autres représentants étaient incapables de briller dans les compétitions européennes de manière régulière et durable. Grâce au club lyonnais, la France a maintenu un coefficient UEFA assez élevé pour permettre à six ou sept de ses représentants de participer aux compétitions européennes, de glaner de la visibilité, d’attirer de bons joueurs, de valoriser les droits de retransmission télévisuelle et de générer des recettes majeures.

Pour arriver à un tel niveau européen, le club de Jean-Michel Aulas a longuement mais intelligemment et fidèlement construit son modèle. Un modèle pérenne que la régularité au niveau européen a permis de sublimer. Un modèle malheureusement unique dans le football français.

 

Un modèle de gestion

Cela fait désormais plus de 25 ans que Jean-Michel Aulas a pris la tête d’un club qui végétait entre la première et la deuxième division et qui restait sur de nombreuses années sans titre. Il a, certes, mis douze années à atteindre la Ligue des Champions et quinze années à gagner le championnat national, mais ce sont ses années de patience, de structuration et d’investissements sains qui ont permis au club lyonnais de ne pas se brûler les ailes en arrivant au sommet. Car le plus difficile reste bien souvent de savoir s’installer durablement au sommet. Sur ce point, la performance rhodanienne est unique et exemplaire.

D’une part, Jean-Michel a réussi la prouesse de créer du temps. Dans la gestion actuelle de la plupart des clubs français, le succès doit être instantané ou la crise s’installe. Cette vision à court-terme a pour effet pervers que chaque crise emporte tout ce qui a été mis en place, bon et moins bon, sans ne laisser aucune fondation. Jean-Michel Aulas a occulté la notion d’urgence et a construit son club à long terme en apprenant à se contenter d’échecs acceptables. Lorsqu’il annonçait préférer se qualifier chaque année en Ligue des Champions plutôt que d’être champion de France une année et dans le ventre mou l’année suivante, il était raillé. Il a donné tort à beaucoup d’observateurs en démontrant que c’est en ne grillant pas les étapes que l’on accède au succès et qu’on le pérennise.

D’autre part, il a su rester fidèle à sa ligne de conduite même lorsque son hégémonie sportive a pris fin. A l’image d’Arsenal, le club lyonnais a fait le pari de devenir propriétaire de son propre stade. Un tel investissement est démesuré et limite nécessairement les capacités financières du secteur sportif : non seulement cela limite les achats de grands joueurs et induit le départ de jeunes talents, mais surtout cela presse la masse salariale, cette bombe à retardement que des clubs comme l’Olympique de Marseille ou le Paris-Saint-Germain n’ont jamais su contrôler durant cette période. Avec son stade, l’Olympique Lyonnais va s’assurer une assise financière massive et durable : recettes de billetterie, recettes commerciales, recettes immobilières… Un modèle unique en France et qui, sans lui garantir le succès perpétuel, va permettre au club lyonnais d’être chaque année suffisamment compétitif pour jouer le titre. Un modèle bien plus pérenne et bien plus sain que ceux du Paris-Saint-Germain, de l’AS Monaco ou de l’Olympique de Marseille qui profitent des apports massifs soudains (PSG, ASM) ou sur une longue période (OM) de leurs propriétaires. Qui profitent…mais qui en sont surtout entièrement dépendants.

Certes, l’Olympique Lyonnais a commis quelques erreurs durant ces dernières années, mais ces échecs sont soit la nécessaire contrepartie de l’innovation et de la prise de risque (notamment l’introduction en bourse), soit dépendants de l’aléa sportifs (notamment le gros investissement pour le transfert de Yohann Gourcuff).

En cela, l’Olympique Lyonnais a donné une leçon à un football français qui commence à peine à en tirer les leçons avec les saines gestions de clubs comme Lorient ou Lille (avec un succès relatif). Surtout face aux mécènes qui ne connaissent pas la crise (ceux du PSG, de l’ASM, du Stade Rennais…), un club aussi mal géré que l’Olympique de Marseille commence enfin, avec Vincent Labrune et la livraison du nouveau stade Vélodrome, à s’inspirer de la gestion lyonnaise, notamment dans la maîtrise de la masse salariale sans apports secs de Margarita Louis-Dreyfus. Une masse salariale des clubs concurrents que Jean-Michel Aulas a, d’ailleurs, pris plaisir à augmenter artificiellement en sollicitant des joueurs en fin de contrat…afin de pousser ses rivaux à revaloriser leurs émoluments (Sylvain Armand, Pedro Miguel Pauleta, Franck Ribéry…).

 

Un poumon économique

En plus d’être tracteur sportif et professeur de gestion, l’Olympique Lyonnais s’est mué en véritable poumon financier du football français. En investissant massivement dans le championnat de France, notamment à Lille (Kader Keita, Michel Bastos, Matthieu Bodmer…), le club lyonnais a permis à ses rivaux de survivre économiquement à leur mauvaise gestion. N’hésitant pas même parfois à surpayer certains de ses joueurs pour affaiblir ses concurrents, Jean-Michel Aulas a néanmoins injecté suffisamment les fonds glanés sur le théâtre européen pour aider la Ligue 1 à rester compétitive.

L’augmentation massive des droits de retransmission télévisuelle doit énormément à la tête d’affiche lyonnaise. Or, cet apport considérable a lui aussi sauvé de nombreux clubs français en leur permettant de garder leurs meilleurs éléments ou en leur permettant de financer leur formation. Peu importe que tous ces bienfaits ne soient qu’une externalité positive d’une stratégie agressive de l’Olympique Lyonnais ; cette dernière a bien été salvatrice pour le football français et a probablement évité quelques sueurs froides à certains directeurs financiers avant leur passage devant les instances de contrôle budgétaire.

 

Une formation de grande qualité

Si le club lyonnais a beaucoup acheté de joueurs réputés, il a surtout énormément investi dans sa formation. Si cela n’a pas toujours été rentable ou si les joueurs ayant percé n’ont pas toujours confirmé (B. Bergougnoux, J. Viale, H. Ben Arfa, J. Berthod…), le centre de formation lyonnais a inondé le football français de bons joueurs voire de très bons joueurs. Le Paris-Saint-Germain ou l’AS Saint-Etienne ne regrettent pas l’excellent Jérémy Clément. D’autres ne regrettent pas A. Mounier ou J. Pied. Certains, comme Karim Benzema, brillent à très haut niveau (soyons objectifs). D’autres encore ont permis aux équipes de France de jeunes de briller : C. Grenier, A. Lacazette, S. Umtiti, Y. Benzia…

Autant de joueurs majeurs sortis en très peu d’années et avec grande régularité d’un club qui sait non seulement recruter mais aussi former.

 

Alors qu’il est aujourd’hui facile de railler l’Olympique Lyonnais dont ses rivaux (nous les premiers) n’ont pas toujours bien vécu la fantastique hégémonie, il convient de faire preuve d’honnêteté et d’objectivité. Surtout dans une période où les clubs qui brillent ne sont pas nécessairement ceux qui ont la gestion la plus saine mais les propriétaires les plus riches. Surtout dans une période où malgré la difficulté sportive et financière, le club lyonnais est resté fidèle à son modèle en réduisant tant que nécessaire la masse salariale au détriment du clinquant et du talent. Surtout à un moment où les contentieux judiciaires et administratifs retardent la livraison d’un stade unique et exemplaire et paralysent financièrement un club qui tient le cap.

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One Comment
  1. Thierry permalink

    Tout est dit. L’excellence et le sérieux de la gestion de l’OL incarnée par M. Aulas constitue un exemple dont les dirigeants actuels du foot français s’inspirent.

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