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L’impasse idéologique et les contradictions d’une gauche française à bout de souffle

5 novembre 2012

Pour le Parti Socialiste, « l’Eglise n’est pas dans son rôle » lorsqu’elle réclame un débat sur le projet de loi relatif au mariage et à la parentalité pour les homosexuels. Pour Benoît Hamon, l’Eglise n’a même pas à s’exprimer sur cette question. Sur Twitter, des personnes apparemment connues se permettent même d’aller encore plus loin : « L’Etat ne fourre pas son nez dans les mariages religieux, que l’Eglise nous épargne son opinion et ses prêches sur le mariage civil ; Que tout ces cathos anti-homos primaires et bien pensants gardent leur énergie pour protester et manifester contre les prêtres pédophiles » (Eric Laugérias).

Ainsi, sur un débat de société aussi fondateur que celui visant à redéfinir la cellule de base qu’est la famille, une Eglise dans laquelle se retrouvent plus d’un Français sur quatre n’aurait pas le droit de s’exprimer. Les prêtres, citoyens comme les autres, n’auraient donc le droit de ne s’exprimer que sur la religion.

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On marche assurément sur la tête. Et au-delà du débat de fond sur le projet de loi, il faut s’inquiéter de cette dictature idéologique pernicieuse et hypocrite d’une gauche intolérante.

L’Eglise n’a donc pas le droit de s’exprimer. Pourtant, c’est bien la gauche actuelle qui a félicité la prise de position de l’Eglise en faveur des Roms stigmatisés par une circulaire d’un Ministre de l’Intérieur de droite. Le débat était alors, pourtant, bien plus politique que sociétal. C’est aussi cette gauche qui prend soin régulièrement de reprocher à l’Eglise un prétendu silence – car l’Eglise a bel et bien tenté d’intervenir a minima – durant la Seconde guerre mondiale et l’extermination de certaines personnes à raison de leur foi, de leur orientation sexuelle ou de leurs convictions politiques. L’Eglise, donc, n’aurait le droit de s’exprimer que sur les débats politiques et sociétaux sur lesquels elle serait susceptible de rejoindre la position de la gauche française. En revanche, lorsqu’elle réclame un débat (car elle n’essaie nullement d’imposer un point de vue) sur lequel la gauche est manifestement mal à l’aise, elle se voit nier le libre usage de la parole, la libre expression de son opinion.

C’est d’abord une violation manifeste de la liberté d’expression si chère à la gauche française, d’une gauche qui se gausse des éditions provocatrices de Charlie Hebdo sur les religions. C’est ensuite la preuve d’un malaise profond sur la capacité de la gauche à débattre au fond et contradictoirement d’un sujet de société où elle privilégie le dogme aveugle à la réflexion. C’est surtout une méconnaissance et une incompréhension sidérantes du principe de laïcité, invoqué à tort et à travers.

En vertu de ce principe, notamment issu de la fameuse loi de 1905, l’Etat affirme sa séparation de l’Eglise. Il renonce à l’Etat théocratique comme l’a longtemps été la France où le Roi était détenteur d’un droit divin et comme le sont encore de nombreux pays à commencer par certains Etats du Golfe. Dans un Etat laïc, le pouvoir est distinct des autorités religieuses. Il existe alors un principe de non-ingérence de l’Etat dans le fonctionnement des différentes religions ; avec pour corollaire l’interdiction pour l’Etat de favoriser une religion par rapport à l’autre. En contrepartie, une religion ne doit plus pouvoir intervenir directement au sein de l’appareil étatique.

Cependant, les croyants et leurs ministres (à commencer par les évêques en l’espèce) restent avant tout des citoyens. Ce sont des citoyens qui partagent une même foi et un socle de valeurs communes. En tant que tels, ils ont nécessairement le droit de jouir de toutes les libertés individuelles, à commencer par la liberté d’expression. Que les prêtres ou les évêques soient leurs porte-parole relève du bon sens et des règles les plus élémentaires du « management ». Au même titre qu’un secrétaire d’un syndicat s’exprime sur des problématiques économiques au nom des membres dudit syndicat, un prêtre est indéniablement légitime à relayer la pensée de ses paroissiens.

En niant ce droit à des citoyens ne rejoignant pas son point de vue, la gauche française revient sur l’un des principes fondateurs de la République qu’elle chérit et tombe dans une position à géométrie variable, illustration autant d’un malaise profond à débattre des questions de société que d’une hypocrisie inacceptable.

Quant je lis les arguments iniques, diffamatoires et irresponsables de ceux qui assimilent les catholiques à des homophobes et à des pédophiles, je suis consterné en tant que citoyen et ardent défenseur du débat républicain. Une personne condamnée pour pédophilie doit-elle être privée de la liberté d’expression ? Un groupe de 15 millions de personnes dont une infime minorité a commis des faits absolument inexcusables et qui doivent être durement punis doit-il être assimilé à ces derniers ? La gauche française ne cesse de se renier pour masquer une incapacité à débattre.

Car la réalité profonde, c’est que le Gouvernement est incapable de mener ce débat, étant lui-même divisé et perdu dans un flou idéologique dédaléen. D’une part, il a honteusement choisi de lancer avec précipitation un projet de loi aussi fondamental et aux implications sociétales majeures pour masquer son incapacité chronique à trouver une réponse adéquate à la crise économique et financière. On est dans l’instrumentalisation la plus dangereuse qui soit. D’autre part, il n’a jamais réussi à opérer une quelconque synthèse sur la question dès lors qu’il est lui-même incapable d’en débattre en son sein. Entre les militants et élus de gauche qui s’opposent au projet, ceux qui appellent au débat, ceux qui veulent voter en fermant les yeux et ceux qui voudraient que le projet aille encore plus loin, le Gouvernement a choisi d’étouffer tout contradictoire au mépris des libertés qu’il est pourtant si prompt à invoquer.

La tartufferie est d’autant plus complète que ces mêmes ayatollahs de la bienpensance et de la « vérité vraie » n’ont jamais reproché aux représentants des autres religions de demander le débat, n’ont jamais refusé d’ouvrir des discussions diplomatiques avec des Etats religieux du Vatican au Pakistan, d’Israël (dans une certaine mesure) au Tibet. C’est donc pour des raisons politiques que la gauche au pouvoir nie certaines libertés à ceux qui ne souhaitent rien d’autre que de participer à un débat sur une question appelée à transformer le socle de la société française : les contours de la famille telle qu’issue de la Révolution Française et du Code civil. Il est au moins aussi important de lancer une grande consultation des Français sur une question sociétale que sur des questions économiques. En quoi les partenaires sociaux disposeraient-ils de droits ou d’une légitimité supérieurs ? Pourquoi l’Eglise n’aurait-elle pas le droit de simplement prendre part à un débat, sans n’imposer aucun point de vue ?

L’ouverture d’un débat contradictoire est d’autant plus légitime que la question du mariage pour tous est irrémédiablement celle de la parentalité pour tous. Quand certains avancent que 58% des Français se sont prononcés pour le mariage pour tous, ils ont l’hypocrisie de taire que ces mêmes sondages fournissent des chiffres de 32 à 36% pour la parentalité pour tous. Au-delà de la question de la fiabilité des sondages et de leurs biais, cela montre bien que l’absence de débat a laissé croire que parentalité et mariage sont distincts. C’est une « supercherie », pour reprendre les termes de Monseigneur Vingt-Trois.

De même, il est absolument ahurissant d’entendre comme argument que 52% des Français ont voté en faveur d’un tel projet de loi en élisant François Hollande. C’est ignorer que beaucoup n’ont pas voté pour Monsieur Hollande pour cette question là, à commencer par de nombreux catholiques, musulmans, juifs…de gauche. C’est ignorer que Monsieur Hollande et son Gouvernement ont déjà pris d’innombrables largesses avec leur programme électoral sans même en informer leur électorat. C’est ignorer qu’une telle réforme exige un débat contradictoire avec une juste et suffisante information. C’est ignorer que moins d’un Français sur quatre a voté pour Monsieur Hollande, compte tenu de l’abstention ; alors même que la tenue d’un débat sur cette question aurait probablement conduit certains abstentionnistes à se déplacer dans les bureaux de vote. C’est ignorer surtout la réalité même de l’élection présidentielle en France et les réelles motivations des électeurs ; la personnalité des candidats et leurs programmes économiques étant les moteurs déterminants et suffisants de l’écrasante majorité des votants.

Il n’est ici nullement question de prendre parti pour ou contre le mariage pour tous. Il est simplement question de démontrer d’une part que l’Eglise et les catholiques ont le droit de s’exprimer, d’autre part que le débat est nécessaire dès lors que malaise et incompréhensions ne peuvent durablement fonder une réforme aussi fondamentale que celle redéfinissant le socle premier d’une société, la famille.

Mesdames et Messieurs du Gouvernement, Messieurs les élus socialistes, ayez le courage de vos opinions sur les libertés individuelles en France, ayez le courage du débat contradictoire, ayez l’honnêteté de l’argumentation…ayez tout simplement l’honnêteté.

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