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Peut-on parler de fascisme en France ?

6 juin 2012

J’ai souhaité retranscrire ici une réflexion personnelle menée sur la question du fascisme français dans les années 1930, alors que celui-ci trouvait pour la première fois une expression politique concrète et expansionniste en Europe. J’espère pouvoir rappeler à chacun que le fascisme n’est ni de droite ni de gauche mais emprunte des caractéristiques de l’une et de l’autre pour façonner une idéologie propre et dangereuse.

Il est dans la nature même du fascisme de s’appuyer sur les masses pour arriver démocratiquement au pouvoir : c’est alors seulement qu’il instaure un régime fasciste. Or dans les années 1930, la France n’a connu aucun parti de masse comme l’Allemagne avec la NSDAP ou l’Italie avec le parti fasciste, capable de parvenir au pouvoir avec une telle idéologie. Mais cela signifie-t-il que l’on ne puisse parler d’un quelconque fascisme en France au moment où celui-ci se développait en Europe, aussi bien en Italie qu’en Allemagne ou bien même en Espagne avec la Phalange ?

Bien que ce vocable, dans son acception restreinte, ne s’applique qu’à l’expérience de Mussolini en Italie, il en est venu à désigner tous les mouvements ou régimes qui aspirent au pouvoir par la compression des libertés et l’asservissement du citoyen à la tyrannie, quelle que soit l’inspiration de celui-ci. A priori, rien de comparable en France dans les années 1930 ; pourtant, on peut se demander, à l’instar de Zeev Sternhell, si le fascisme n’a pas exercé en France une fascination sur les leaders des vieilles formations nationalistes, pour lesquelles ces années d’agitation ligueuse et de critiques d’un régime républicain médiocre, faible ou corrompu, auraient permis la concrétisation de leurs aspirations fascistes au même titre que celles du peuple. A l’inverse, ne peut-on imaginer que le problème fut agité comme un épouvantail par la Gauche pour donner une justification à sa politique de Front populaire adoptée au milieu des années 1930 ?

Nous étudierons d’abord ce qui tend à démontrer l’existence d’un certain fascisme à la française durant cette décennie ; puis nous verrons qu’il n’y a pas vraiment eu de fascisme en France, contrairement au cas de plusieurs pays d’Europe continentale ; nous nous attacherons donc pour finir à ce qui a fait de la France des années 1930 une terre peu propice au développement du fascisme.

A partir d’événements marquants comme le 6 février 1934 ou d’idéologies proches du fascisme qui régnèrent dans certains milieux, on peut soutenir que la France a connu son propre fascisme dans les années 1930, alors que celui-ci était en pleine expansion en Europe. Les antécédents de la Droite française auraient-ils eu comme aboutissement un fascisme français dans F Entre-deux-guerres ?

On peut considérer que Napoléon Ier et Napoléon III ont frayé la voie au fascisme, par la dictature, le culte du grand homme, la recherche de l’appui populaire contre les élites anciennes, par le plébiscite ou par la reconstruction du corps social. Mais le bonapartisme exprime autant la Révolution française que le nationalisme d’inspiration jacobine et, au XXème siècle, il perd toute véritable implantation. Sa dernière incarnation est le « boulangisme », dont aucun fasciste français ne se réclame ; si ancêtre il y a, il est oublié. Le bonapartisme est d’ailleurs récusé comme « républicain » par l’Action Française (AF), tendance politique dont E. Nolte relève les traits fascistes : favorable à l’autorité, à la hiérarchie, à la discipline ; hostile à l’individualisme, à la démocratie et surtout à la République parlementaire. L’AF exalte même la violence, la subversion : elle a ses équipes de choc (les Camelots du roi, dont les membres sont souvent issus de la jeunesse étudiante), qui « châtient les mal-pensants ». On peut, de fait, la considérer comme la matrice du fascisme français. En outre, la guerre a remis à l’honneur, comme en Italie, efficacité, hiérarchie, sens national ; les anciens combattants déplorent les querelles et l’inefficacité des partis politiques, qui ont « galvaudé » la victoire. De nombreux groupes veulent « grouper les amis de l’ordre » contre la subversion sociale ; certains, comme les Jeunesses patriotes, portent un uniforme (un imperméable bleu et un béret) et préconisent un renforcement de l’autorité – renforcement de l’exécutif, limitation du profit – avec une charte sociale rappelant la thématique sociale de Napoléon III. Les grandes manifestations communistes, à l’occasion du transfert des cendres de Jaurès au Panthéon, illustrent le thème de l’insurrection bolchevique. Les Jeunesses patriotes profitent de ce contexte pour réincarner la vieille Ligue des Patriotes, sous l’impulsion d’un industriel important et ancien président des Jeunesses bonapartistes : Pierre Taittinger. Elles finissent par constituer une force d’appoint à la police pour le maintien de la paix civile. N’atteignant pas même 90 000 adhérents, elles connaissent un nouveau départ éphémère à la suite du 6 février 1934. Mais, regroupées en Parti national populaire, à son tour dissous par Léon Blum, elles disparaissent avec le Parti républicain national et social en juin 1936.

Parallèlement, le Faisceau de Georges Valois est le premier mouvement influencé par le fascisme italien. Valois est convaincu que les fascistes de la première heure sont venus chercher « chez nous la nourriture doctrinale ». Ce fascisme serait un fascisme plus pur que celui du Duce, dans lequel il voit une solution possible pour empêcher les classes moyennes de rejoindre le communisme. Il veut, donc, réunir socialisme et nationalisme, l’Etat des combattants et celui des producteurs, l’ouvrier et la royauté, antiparlementarisme et corporatisme. L’idéologie proposée par Valois est, en fait, un avatar modéré du fascisme, adapté au tempérament national français, petit bourgeois, fondé sur la famille et la décentralisation extension de la solidarité familiale, sur la profession extension de l’atelier. Mais le fait que la Droite se retrouve au pouvoir contraint Valois à modifier sa pensée : il retourne aux sources. Il voit alors dans le fascisme une réaction permettant aux minorités guerrières de reprendre le contrôle total de l’Etat : c’est une résurgence du socialisme aristocratique et autoritaire de Saint-Simon. Ainsi, le 10 juin 1928, il fonde le Parti républicain socialiste. Mais la plus grande partie de ses militants le quitte alors ; il est exclu par ses propres troupes.

Par suite, l’historien israélien, Zeev Sternhell, dans ses deux ouvrages Ni Droite, ni Gauche. L’idéologie fasciste en France et La Droite révolutionnaire (1885-1914). Les origines du fascisme français, s’oppose à la thèse selon laquelle le fascisme français n’aurait été qu’un épiphénomène dans la vie politique française de l’Entre-deux-guerres. Il baptise « fascisme » toutes les manifestations d’hostilité à la démocratie bourgeoise et parlementaire. Pour lui, non seulement la France n’a pas échappé au phénomène fasciste, mais celui-ci y a occupé un espace considérable, et cela avant même que le mot n’eût été inventé par les adaptateurs italiens d’une idéologie qui serait née en France à la charnière du XIXème et du XXcmc siècle. Il examine les tentatives de synthèse entre nationalisme et syndicalisme révolutionnaire d’inspiration sorélienne effectuées par quelques individus et groupuscules placés soit dans la mouvance de l’AF (Bacconnier, Cercle Proudhon) soit dans celle du mouvement « jaune » (Bietry, Lanoir). Il émet l’idée que ces formes de « préfascisme » européen, directement tributaires de la révision du marxisme par Sorel, ont constitué en France un système d’idées organisé et cela vingt ans avant l’apparition d’idéologies analogues ailleurs en Europe et notamment en Italie.

Durant cette période, nombreux sont les petits mouvements apparaissant en France que l’on peut vraiment apparenter au fascisme. Avec le Francisme, on se trouve en présence du seul véritable fascisme français, actif, virulent, mais sans troupes. Son leader est Marcel Bucard, un brillant ancien combattant, parrainé pour ses débuts politiques par André Tardieu Il définit son mouvement comme « étant à la France ce qu’est le fascisme à l’Italie », dont le consulat à Paris lui verse des subsides. Sa doctrine est presque une copie de celle de Mussolini mais pourtant, à l’inverse de ce dernier, il ne rassemble que peu d’adhérents. Il publie en décembre 1932, dans La Victoire, le manifeste des Socialistes nationaux : il s’agit d’un socialisme corporatif respectant la propriété individuelle et la responsabilité du chef d’entreprise, la justice sociale et la paix ; il est fondé sur le respect de la religion, de l’ordre et de la discipline. Véritablement fondé le 11 novembre 1933, il dispose de son journal (Le Franciste), où il expose sa nouvelle doctrine : antiparlementaire, anticapitaliste, anticommuniste. Elle préconise un retour à la terre, la joie de vivre, l’honneur, l’héroïsme, la jeunesse, le chef surtout et un vif sentiment religieux (une messe est célébrée avant chacun des congrès, sans que cela soit suffisant pour parler de « fascisme chrétien »). Politiquement, c’est une combinaison de la Constitution de 1852 et du corporatisme mussolinien. Mais Bucard ne rassemble pas 10 000 adhérents en 1936. Beaucoup de ces éléments sont attirés par le PPF de Doriot et il est dissous en juin 1936. Esseulé, Bucard fonde le 11 novembre 1938 le Parti unitaire français d’Action socialiste et nationale qui se présente comme antisémite, pour la paix fasciste.

Très différent est le fascisme vert d’Henri d’Halluin, dit Dorgères, grand admirateur de Mussolini et de Hitler. Cet agitateur a organisé une véritable chouannerie antirépublicaine. Il s’adresse uniquement aux paysans et réclame la dictature parce que, « partout où elle s’est installée, la dictature a mis le paysan au premier plan ». Il n’a pas de phraséologie révolutionnaire, il mène campagne contre la loi des quarante heures dans l’agriculture, l’Etat bureaucratique, l’instituteur qui enseigne la subversion, l’obligation scolaire à 14 ans. Certes, il s’inspire aussi de la doctrine catholique de La Tour du Pin et de Le Play ; il prêche le retour à la terre, le vote familial, il préconise un Etat corporatif. Mais il organise aussi des expéditions punitives contre des grévistes agricoles, il est antisémite ; si ce vrai fasciste (il s’affirme de la sorte le 6 février 1934) n’a pas plus de succès (avec un pic de 200 000 adhérents en 1938), c’est que la base sociale de son mouvement, les petits et moyens propriétaires ruraux, est trop étroite. Ce racisme paysan ne pouvait aboutir à une prise de pouvoir, faute d’une conjonction avec les forces urbaines du fascisme elles-mêmes peu développées.

Si Dorgères s’adresse uniquement aux paysans, la Cagoule limite son recrutement à des cercles étroits, principalement d’anciens officiers, pour mieux assurer le secret de la conspiration. Ce groupe terroriste clandestin d’Extrême Droite, dont la création répond à l’arrivée au pouvoir du Front Populaire en juin 1936, est démantelé en novembre 1937. Il rassemble des militants déçus par la passivité des organisations d’Extrême Droite. L’essentiel d’entre eux viennent de l’AF, à l’image du fondateur et chef de ce groupe : Eugène Deloncle, polytechnicien. Par la volonté qu’ils ont de maintenir le secret, on estime à seulement 2 000 membres l’état de leurs effectifs. Ses membres doivent prêter serment de fidélité et de secret. Le mouvement est organisé sur le mode militaire avec la constitution de petits groupes, les cellules, armés et prêts à l’action. II est, en partie, financé par Mussolini et effectue des assassinats à sa demande (les frères Rosselli) ou des attentats. La Cagoule cherche à provoquer la guerre civile en rendant les communistes responsables du désordre, pour prendre le pouvoir et le donner à un homme fort tel le Maréchal Pétain. Mais, dans la nuit du 16 au 17 novembre 1937, ne réussissant pas à convaincre l’armée du risque d’une révolution communiste, Deloncle renonce à s’emparer du pouvoir et le mouvement, infiltré par la police, est démantelé. Il n’est pas excessif de parler d’échec complet.

Mais différents sont les mouvements qui pouvaient réellement inquiéter la démocratie. En effet, l’instabilité politique, les scandales financiers provoquent une bipolarisation : union des partis de Gauche dans le Front Populaire et radicalisation de l’Extrême Droite dans des ligues « factieuses », dénoncées comme fascistes par leurs adversaires. La plus puissante est celle des Croix de Feu. Ce groupement d’anciens combattants du front exalte la fraternité des tranchées, la réconciliation nationale, la primauté de l’esprit et des valeurs morales. Il a une allure fascisante, car il suit son chef – le colonel de La Rocque -, procède à des rassemblements motorisés, dispose d’un service d’ordre. Il se prononce contre le capitalisme anonyme, le marxisme, le jeu stérile des partis ; il préconise l’association d’ « ouvriers de confiance » au sort de l’entreprise, l’étalement des entreprises dans le pays pour favoriser le « retour à la terre », le « culte de la patrie » et « l’amour de l’ordre français ». Avant tout, il recommande de renforcer l’Etat, d’étendre les pouvoirs du Président de la République, d’assurer aux frontières la sécurité du pays. Ce groupement de masse regroupe jusqu’à 400 000 adhérents et inquiète les pouvoirs publics : il est dissous par le Front populaire et se transforme alors en parti politique, le Parti social français, sans changer sa doctrine, mais en accentuant l’antibolchevisme. Il rejette cependant le fascisme par patriotisme, car il l’assimile à deux grands ennemis potentiels de la France : l’Allemagne et l’Italie. C’est la défection des Croix des Feu, avec le refus de La Rocque de « marcher », qui annihile les espoirs de ceux qui aspiraient au renversement de la République le 6 février. Ce qui est davantage un rassemblement d’anciens combattants et de mécontents qu’un complot fasciste ou une émeute a souffert de l’absence de communications entre les ligues, et de fait le 6 février démontre davantage l’impuissance de la Droite que la volonté des ligues d’instaurer un régime fasciste.

Le Parti populaire français (PPF) s’adresse à une tout autre clientèle, dès sa fondation en 1936. Après avoir préconisé un «communisme national» et avoir été désavoué par Maurice Thorez, Jacques Doriot quitte le Parti communiste français et entraîne avec lui un certain nombre de militants ; il exhale désormais sa rancœur dans un antibolchevisme virulent, ce qui lui vaut le soutien financier de banquiers et d’industriels importants. Son groupement est le seul à recruter des ouvriers, 65% de ses adhérents selon le journal L’Emancipation nationale, sur un total de près de 300 000. Il rejette le libéralisme économique, propose la suppression progressive du prolétariat par la participation aux bénéfices et l’accession à la propriété. En même temps, il entend « maintenir l’existence des classes moyennes, de la petite et moyenne productions, de l’artisanat, du commerce, des professions libérales ». Il est clair, et l’avenir le confirmera, que Doriot est un pur fasciste, et le plus dangereux de tous, car il a su constituer un vrai parti, recruter et former de nombreux militants, et influencer les masses. Mais cependant, dans l’Entre-deux-guerres, Doriot ne se dit pas fasciste ; il parle de réformes, non de révolution. S’il se prononce contre le traité de Versailles, « condamné par les faits », s’il réprouve l’agitation antiallemande « qui vient de Moscou » et que répand le PCF, il ne se manifeste pas comme un admirateur de Hitler et de Mussolini, avec lesquels il garde, pour l’heure, ses distances.

Il règne parallèlement à cette époque chez les jeunes intellectuels un climat d’inquiétude et de révolte, un besoin de rupture qu’exprime d’une manière aiguë Pierre Drieu La Rochelle. Celui-ci bascule dans le fascisme le 6 février : pour lui, le fascisme est une étape de la destruction du capitalisme. Il pense que les Jeunesses patriotes sont uniquement réactionnaires, le Colonel de La Rocque un simple précurseur, et l’AF un mouvement monarchiste et non vraiment fasciste. C’est au PPF que Drieu croit trouver le fascisme de ses espérances. L’esprit des années 1930 s’exprime dans le Manifeste pour un ordre nouveau qui, fin 1930, rejette capitalisme et parlementarisme. En 1933, l’Ordre nouveau lance sa revue, qui s’en prend au parlementarisme, au communisme et au fascisme aussi. La décadence de la nation française de Robert Aron ou Le monde sans âme de Daniel-Rops révèlent toute l’anxiété de la nouvelle génération devant la civilisation matérialiste des machines : un mythe de la jeunesse se développe. Mais le pur fascisme intellectuel se retrouve dans toute une série de revues : Réaction pour l’ordre de Jean de Fabrègues et surtout la Revue française où collaborent des intellectuels tels Robert Brasillach ou Maurice Bardèche. Elles défendent l’idée d’une insurrection pour la création d’un Etat corporatif, supprimant le prolétariat par l’accès à la propriété et l’octroi d’un statut professionnel. Tout ce fascisme littéraire va culminer avec Je suis partout, lancé par Fayard comme journal maurrassien. Il paraît à partir du 29 novembre 1930. L’antibolchevisme y occupe la première place, sous la plume de ces brillants intellectuels. En juin 1937, acculé par les problèmes financiers, il est sauvé par le soutien d’industriels lyonnais qui confient le poste de rédacteur en chef à Brasillach.

Ainsi, avant la guerre, les groupes fascisants ou carrément fascistes sont nombreux et divers en France ; ils sont aussi rivaux. Chacun d’entre eux s’adresse à une clientèle déterminée, de l’ouvrier au paysan. Cependant, des transfuges passent de l’un à l’autre, les ennemis sont les mêmes pour tous et leurs doctrines ont des points communs.

Certes les groupes fascisants sont multiples et l’éventail de leur clientèle est presque exhaustif. Mais parler de fascisme pour qualifier l’agitation qui ébranle la vie politique et intellectuelle française des années 1930 est inexact. La thèse de Sternhell est une interprétation erronée, car construction ou reconstruction a posteriori d’éléments épars et hétérogènes qu’aucun mouvement politique n’a alors réussi à rassembler, ni à unifier durablement et massivement en France.

C’est accorder, en effet, une importance excessive aux quelques intellectuels brillants qui composent son corpus. En outre, cela revient à ériger en un système cohérent doté d’un cadre conceptuel une tentation politique en fait conditionnée par les événements, s’adressant à une clientèle éminemment hétérogène et affirmant dans sa phase initiale presque tout et son contraire. Ainsi, l’AF, si elle admire Mussolini, ne l’imite pas. La dictature devait pour Maurras être toute provisoire, pour permettre le rétablissement de la monarchie héréditaire. L’AF préconise l’ordre et la raison plutôt que l’instinct. Elle compte s’appuyer sur l’Eglise, l’armée, l’ancienne aristocratie, les propriétaires fonciers. C’est pour éviter ce genre d’assimilation trop rapide que Léon Daudet rejette toute analogie avec le fascisme italien : l’AF est peut-être un palier vers le fascisme, mais elle n’est pas le fascisme. Parce qu’il participe au puissant courant de rénovation politique de l’Entre-deux-guerres, auquel il emprunte certaines solutions (le contrôle dirigiste de l’économie ou le corporatisme), le fascisme partage avec des entreprises qui peuvent être très éloignées de lui, et même opposées à lui, des thèmes et des attitudes mentales dont il est abusif de dire qu’ils délimitent l’aire d’idéologie du fascisme.

Que le fascisme ait partiellement pris racine dans le terreau hexagonal de la Belle Époque, au point de rencontre d’un certain nationalisme et d’un certain syndicalisme révolutionnaire, cela ne fait pas de doute. Mais il s’agit dans les deux cas de mouvements ultra-minoritaires et qui le resteront. Différence fondamentale avec l’Italie, où le mouvement nationaliste se trouve, dès avant 1914, fortement orienté dans le sens d’un impérialisme agressif et conquérant et où le ralliement des anarcho-syndicalistes à la campagne de 1914 va s’opérer de façon massive. Les mouvements français qui apparaissent comme manifestement fascistes sont en réalité le plus souvent (il faut peut-être exclure celui de Valois) une imitation du modèle transalpin et ceux qui peuvent être rattachés à une tradition fortement enracinée dans l’histoire nationale ne sont pas stricto sensu des organisations fascistes. Ce qui ne veut pas dire qu’ils sont moins dangereux pour les institutions de la République, ni qu’ils sont restés en dehors du champ d’attraction des fascistes.

C’est seulement quand ils se sont trouvés en charge du pouvoir que les dirigeants fascistes italiens ont cherché à légitimer idéologiquement et culturellement leur entreprise en fouillant dans le bric-à-brac antipositiviste et antilibéral dont une partie des élites avait accouché à la charnière des deux siècles. Or, aucun dirigeant fasciste ou d’inspiration fasciste ne s’est retrouvé au pouvoir en France et, de fait, aucun régime autoritaire fasciste ne s’y est développé. De plus, chacun des fascismes a puisé dans son histoire et dans ses traditions propres l’idéologie qu’il développe et ne s’est pas inspiré comme Sternhell le pense d’un fascisme français. Les régimes fascistes d’outre-Rhin et d’au-delà des Alpes sont avant tout la résultante d’événements imprévisibles à la Belle Époque, telle une crise économique et sociale de l’ampleur de celle de 1929 venant après une guerre aussi éprouvante et longue que la Grande Guerre. Ainsi, on peut penser que Sternhell mélange des éléments épars et sortis de leur contexte, ce qui a pour effet d’aboutir à une conclusion des plus contestables.

Il est certes exact que des Français, individuellement et même en groupe, ont eu de la sympathie et même de l’admiration pour les régimes autoritaires, que certains ont eu le projet d’instaurer en France un régime copié sur celui de l’Italie. Il n’est pas niable que les expériences étrangères ont exercé, en particulier sur les intellectuels, une séduction dont ils n’ont pas cherché à se défendre et qu’ils ont même décrite complaisamment. Mais les ligues et les autres mouvements assimilés au fascisme n’en ont pris en réalité que le décor et la mise en scène, à d’autres fins. Ainsi, les ligues ont l’apparence mais pas l’esprit du fascisme : nombreux sont les points d’incompatibilité. C’est pourquoi Raoul Girardet conclut que l’« on peut parler, tout au plus, d’une sensibilité ou imprégnation fasciste ». « Elles en ont peut-être dérobé les oripeaux, mais pas son esprit ». Et le phénomène est bien plutôt, pour René Rémond, le dernier avatar du vieux fond césarien, autoritaire et plébiscitaire, le nationalisme remis au goût du jour, dont les tenants n’ont fait au mieux que « recrépir la façade d’un badigeon à la romaine ».

En fait, le fascisme en France n’est pas le choix d’une idéologie, mais avant tout le choix du dynamisme et du redressement pour éviter le déclin dont la conscience traumatise les intellectuels et travaille le corps social. Ce que Sternhell appelle Droite révolutionnaire, il serait plus propre de le nommer Droite contestataire. Il y a incompatibilité avec le fascisme, car celui-ci rêve d’aventure et de bouleversement, alors que la Droite française aspire à la stabilité et demande à être rassurée. C’est ainsi que s’explique l’agitation du 6 février : la Droite française se rassemble alors en quelque sorte pour demander des assurances après l’éviction du préfet Chiappe en qui elle voit un soutien. C’est d’ailleurs la personnalité rassurante de Gaston Doumergue qui va satisfaire la plupart des manifestants et ainsi conduire l’homme d’honneur et de sagesse qu’est le Colonel de La Rocque à retenir ses « troupes ».

De fait, il n’y a pas de preuve plus décisive de l’impossibilité pour le fascisme de trouver en France un milieu qui l’accueille que la trajectoire décrite par le mouvement du Colonel de La Rocque, principale ligue, entre 1928 et 1939. Elle se déroule en trois temps : initialement, en 1928, c’est une association d’anciens combattants ouverte à tous ceux qui ont passé au moins six mois au front, qui ne dispose d’aucun programme politique. Mais un parfumeur, François Coty, présent aux sources de nombreux mouvements d’Extrême Droite à l’époque, soutien aussi puissant que compromettant, favorise l’accession à la direction de La Rocque. Sous sa direction, sans rien faire de sensiblement original, l’association connaît un grand essor et un succès prodigieux auprès des masses, à l’instar du boulangisme. Dès lors, naissent des ambitions politiques et les Croix de Feu s’engagent dans la voie du mouvement de Droite. C’est après le 6 janvier qu’elles entament la période de leur plus grand développement et proposent l’image de la ligue paramilitaire. Puis, en 1936, l’association d’anciens combattants devenue ligue paramilitaire se mue en parti politique (devenu ensuite le PSF). La Rocque se convainc alors de la vanité du mode d’organisation en ligues comme de la force du régime et se rallie au principe démocratique des élections (à l’image du PCF à la même époque). C’est un argument des plus décisifs contre l’hypothèse d’un fascisme français : c’est précisément à partir de sa transformation en un parti légaliste que ce mouvement majeur a connu sa plus vaste audience.

On constate ainsi que la tentation fasciste, certes incontestable, n’a touché que de petites minorités en France. Ces mouvements ne réussirent jamais, à la différence de leurs homologues en Allemagne et en Italie, à atteindre une audience de quelque importance. Aussi bien les Croix de Feu du Colonel de La Rocque que le Parti populaire français de Doriot n’ont jamais eu des effectifs comparables à ceux de la National Sozialistische Deutsche Arbeits Partei, par exemple, en Allemagne ; en outre, ces mouvements n’avaient, à l’époque, pas l’intention (du moins affichée pour le PPF) d’instaurer un régime fasciste sur le modèle italien.

A aucun moment, donc, le fascisme n’a été majoritaire au sein de l’Ultra-Droite française. Il a été, en réalité, un simple épiphénomène politique, ou même une sorte d’épouvantail agité par la Gauche pour donner un contenu mobilisateur à sa politique d’union. De ce fait, la nébuleuse fasciste hexagonale semble bien exiguë, comparée aux phénomènes de masse des pays voisins et le fascisme français semble bien marginal, hormis les deux premières années du mouvement de Doriot.

Le fascisme a fait irruption dans la brèche ouverte dans le corps social par la rupture des cadres traditionnels, aussi bien en Italie qu’en Allemagne : or, la France n’a eu ni demi-soldes, ni millions de chômeurs. C’est pourquoi la stabilité de la société française n’est pas étrangère à l’absence de raz-de-marée fasciste : au lieu de propager l’ébranlement et d’amplifier l’onde de choc par leur propre déclassement, les classes moyennes ont opposé un môle à la désintégration du corps social.

Ainsi, il semble très contestable de voir dans l’agitation qui secoue la France de l’Entre-deux-guerres une tentative sérieuse et dangereuse de prise de pouvoir fasciste par des mouvements plus ou moins divers et variés. Mais le fascisme pouvait-il s’emparer du pouvoir en France ? Pouvait-il au moins conquérir une place majeure dans la vie politique hexagonale ?

Puisque le fascisme est un phénomène largement européen, et même intercontinental, si l’on rajoute à la liste le gétulisme de Vargas au Brésil, il semble logique de rechercher la cause ou les causes de sa faiblesse en France en comparant cette situation à celle des pays qui furent davantage atteints.

Dans un premier temps, on peut imaginer aisément que l’opinion française ait été fort peu favorable à l’instauration d’un régime autoritaire, belliqueux et révisionniste. La France est, en effet à l’époque, le principal bénéficiaire du nouvel ordre mondial : elle est sortie victorieuse de la guerre et a recouvré les provinces perdues (Alsace, Moselle) et de ce fait ne nourrit plus cet esprit revanchard ni cet irrédentisme d’avant-guerre, du type de celui qui règne en Italie et naît en Allemagne. En outre, elle détient à la Société des Nations une prépondérance incontestée du fait de la défection américaine : elle est la première puissance militaire du continent et possède le second empire colonial du monde, après certes le Royaume-Uni, mais celui-ci s’intéresse de façon mineure à l’évolution continentale à ce moment-là. Ainsi, la France est loin d’avoir les mêmes causes d’amertume que ses deux grands voisins continentaux : une Allemagne vaincue, amputée et occupée, une Italie dont la fierté nationale souffre d’une victoire mutilée.

De fait, le nationalisme de l’Entre-deux-guerres est d’une autre nature : un nationalisme hexagonal, pacifique voire pacifiste. Quelle raison trouverait-il dans un conflit qui n’aurait pour effet que de l’affaiblir ? Il n’y a pas dans cette France de forces subversives comparables aux survivants des corps francs, aux rescapés de Baltikum, ni même aux arditi de Fiume, aux compagnons de Gabriele D’Annunzio. La situation internationale et la position française ne s’y prêtent en aucun cas, du moins jusqu’en 1935 : elles l’auraient pu sur la fin de la période, à mesure que la position de la France se dégrade, que son prestige est remis en cause, sa sécurité et son intégrité territoriale menacées par les visées de Hitler et les envies de prestige mussoliniennes. Le sentiment national a alors toutes les raisons de s’alarmer et de susciter des réactions de type fasciste ou nationaliste. Mais, à l’inverse, la Droite nationaliste perd de son intransigeance et se tourne vers la composition et l’apaisement envers des pays dont les régimes lui paraissent constituer une barrière au communisme.

Par ailleurs, la tentation de la majorité des électeurs de Droite va non pas à l’établissement d’un régime de type fasciste, mais à une sorte de dictature parlementaire ou à un régime présidentiel qui aurait conservé des institutions représentatives (Clemenceau en 1917-1918). C’est pourquoi le simple retour de Poincaré en juillet 1926 ou celui de Doumergue en février 1934 les satisfont. Dans le premier cas, tous les vœux de ceux qui étaient hostiles à la politique du Cartel sont ainsi comblés ; pareillement, Doumergue et ses promesses de réformes constitutionnelles apaisent les mécontents descendus dans la rue le 6 février. Douze ans après Poincaré, le phénomène se reproduit avec Daladier et cette répétition montre la profondeur de l’attachement à la démocratie : les Droites souhaitent être gouvernées et non pas instaurer une dictature.

Il se trouve, en outre, que la France en elle-même ne propose que des conditions peu propices à l’éclosion d’un fascisme, qui a besoin de s’appuyer sur des masses inquiètes et déstructurées pour atteindre son but, la conquête du pouvoir par la voie démocratique, puis la dictature par la contrainte du corps social que seules des troupes nombreuses et fortement organisées peuvent assurer. La France est un pays à forte dominante rurale ; rares sont les grandes manifestations urbaines et moindre est la misère dans les villes et les faubourgs, même dans les années de crise. C’est, en effet, seulement en 1931 que la population urbaine devient plus nombreuse que la population rurale. Cette dernière ne répond pas à la nécessité pour le fascisme d’une forte densité, de foules manipulables, fanatisées : les campagnes sont composées de multiples villages et la solidarité sociale des villes et des bourgs demeure forte.

De plus, la population rurale est fortement conservatrice, sociologiquement et politiquement ; elle est plutôt centriste (elle vote pour la Droite modérée ou la Gauche radicale-socialiste), ni extrémiste, ni socialiste, ni fasciste. Ainsi la composition sociologique de la France constitue-t-elle un obstacle majeur à l’expansion du fascisme en France.

Il est un autre axe fondamental d’explication à cette impossible expansion fasciste dans l’Hexagone : le facteur démographique. Un des traits majeurs du fascisme est, en effet, sa relation effective avec la jeunesse : il se prétend « la jeunesse du monde ». On le voit avec les Jeunesses hitlériennes ou les Fils de la Louve, en Allemagne et chez le voisin transalpin. Il exalte les vertus dont on crédite ordinairement cette période de la vie : sens du risque, goût de l’aventure, élan généreux, aspiration à vivre dangereusement, désir de renouvellement. Il vise, ainsi, à mobiliser l’adolescence et se présente comme une relève de générations. Il entreprend donc une politique de la jeunesse. Si la France a aussi bien résisté l’attirance du fascisme, c’est aussi parce qu’elle est, à la différence de ses voisins, un pays vieux et impuissant à se rajeunir (natalité basse, mortalité bientôt supérieure). De plus, la société française des années 1930 est entravée par sa lenteur à sortir de la crise, par sa langueur économique et son incapacité à se décider à faire évoluer ses institutions politiques et sociales : cela rend difficile une hypothétique révolte des jeunes.

Un des facteurs majeurs de la montée des fascismes est de type socio-économique : c’est la crise économique de 1929 qui frappe fortement l’Europe et surtout l’Allemagne, dépendante notamment des fonds américains qui refluent : Hitler doit son succès électoral aux effets de la « grande dépression ». Or, à cet égard, le sort de la France est bien différent : la crise l’atteint plus tard que les autres pays et la touche bien moins profondément. La société française n’est pas ébranlée jusque dans ses profondeurs par les conséquences conjuguées de la défaite et de la crise. L’inflation a laminé les classes moyennes allemandes, classes dans lesquelles le national-socialisme a trouvé l’essentiel de ses troupes. Elles furent le pivot se sa stratégie de conquête du pouvoir, qui a joué sur la hantise de la prolétarisation. Le fascisme italien, par le contrôle autoritaire et dirigiste de l’Etat (grands travaux : drainage de la plaine du Pô, constructions des autoroutes) a su se servir de la crise pour se renforcer en relançant l’économie et en résorbant le chômage. En France, rien de tout cela. Le pays est stable et veut le rester.

Enfin, par-delà les phénomènes conjoncturels, propre à la France (et au Royaume-Uni) a été l’obstacle que l’ancrage de la démocratie dans la vie politique nationale a constitué pour le fascisme ou même la tentation du régime autoritaire. À cet égard, une différence considérable sépare la France et ses voisins allemand et italien, voire espagnol : l’inégale durée de la pratique démocratique. Outre le souvenir profondément vigoureux de la Révolution, cela fait quatre-vingts ans que la France connaît de façon ininterrompue le suffrage universel ; l’Italie ne l’a connu qu’une fois en 1919 et, en Allemagne, le cadre d’un régime autoritaire et la hiérarchisation systématique de la société ont fortement réduit son emprise. La France, elle, a eu le temps de l’apprentissage politique et a expérimenté au cours de son histoire récente plus de formules de gouvernement que les autres pays européens : elle est « guérie des maladies infantiles de la démocratie, revenue de beaucoup d’illusions et ainsi vaccinée contre les entraînements ». (R. Rémond). Le peuple français est exempt de l’utopie nécessaire à l’entraînement fasciste. L’ancienneté de la vie politique a développé des habitudes, façonné des comportements, enraciné des modes de pensée, crée des structures qui sont autant de facteurs de stabilité et d’efficaces barrages à la propagation de mouvements irrationnels.

A cet égard, les principales forces politiques françaises ont, chacune par elle-même autant qu’ensemble, contribué à limiter la pénétration du fascisme et à refouler son influence. Le combat que mène la Gauche n’est pas inutile, bien que le danger dénoncé soit partiellement imaginaire et bien qu’elle se trompe d’objectif; la mobilisation des forces de Gauche sous le drapeau antifasciste prévient la lutte fratricide qui ouvre en Allemagne la Chancellerie à Hitler. La réunification du mouvement ouvrier, la stratégie d’union entre Communistes et Socialistes, la discipline de vote sont efficaces. Mais le rôle du Parti radical doit aussi être souligné : il immunise les classes moyennes, comme le rappelle Serge Berstein ; il en est l’expression politique la plus habituelle, alors que, dans d’autres pays, ces forces sociales fournissent aux partis fascistes leurs gros bataillons. Le jeu de bascule entre Gauche et Droite du Parti radical concourt à maintenir les électeurs loin des extrêmes.

De son côté, la Droite française ne prête pas, elle non plus, aux avances du fascisme une oreille complaisante. A Droite, le terrain est déjà solidement occupé par des forces qui n’entendent pas se laisser évincer par une nouvelle venue, et par des idéologies fortement constituées. La Droite traditionaliste française n’éprouve aucune sympathie pour la démagogie populacière du fascisme. L’AF proposait un système de pensée assez fortement organisé qui la rendait réfractaire à toute infiltration extérieure. Le nationalisme de la Droite, se défiant de tout apport étranger, s’est soustrait à toute contagion. Mais surtout, le gros de la Droite n’est plus après 1918 irréductiblement hostile au régime. Quant à ceux qui nourrissent le rêve d’une contre-révolution, le régime de leur vœu n’a aucun rapport avec le fascisme. Ainsi, conservateurs, les Français de Droite ne sont pas et ne peuvent devenir fascistes.

De fait, on constate que, tant d’un point de vue événementiel et conjoncturel que d’un point de vue sociologique, politique ou relatif aux mentalités, la France des années 1930, de par sa grande singularité, ne pouvait foncièrement pas être atteinte du même mal que ses voisins. L’agitation même qui la touchait n’était pas une résultante directe du fascisme tel qu’on le trouvait outre-Rhin ou en Italie.

Le fascisme français ne connaîtra un début de réalisation que tardivement et dans un contexte totalement artificiel, celui de l’Occupation allemande, avec le passage du premier Vichy, régime autoritaire, paternaliste et réactionnaire beaucoup plus conforme au nationalisme français qu’aux idéaux de la « révolution fasciste » à l’Etat milicien, dirigé dès la fin de 1943 par les hommes de Darnand, mais totalement privé de base sociale et du consensus qui font la spécificité des régimes fascistes.

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