Skip to content

L’Île des Bienheureux – August Strindberg

21 novembre 2011

Note : 12/20

 

Présentation :

Une fable satirique de l’évolution de la société au travers des âges.

 

Commentaire :

Je découvre August Strindberg – sur les conseils du très urbain Moustache FC (son blog) – dans un exercice qui n’est pas pourtant sa spécialité, lui l’homme de théâtre.

Comme souvent, l’histoire d’une fable est simple, mais jamais basique. Bien au contraire, la géniale simplicité d’une fable synthétique et bien menée conduit irrémédiablement le lecteur à mener une réflexion propre créant de l’écho dans son expérience et ses connaissances. En l’espèce, j’ai retrouvé mon esprit errant dans toutes ces lectures anciennes et diverses aux finalités si différentes et aux tons utopiques, dystopiques, philosophiques ou fatalistes.

En effet, cette fable évolue dans une atmosphère qui rappelle Voltaire (Candide Ou L’Optimisme) et repose sur un postulat de départ et une démarche particulière qui font écho à William Golding (Sa Majesté des Mouches). On ressent une indéniable inspiration dans les œuvres de Friedrich Nietzsche à mi-chemin entre le nihilisme et le fatalisme. Surtout, on semble deviner le débat futur sur le déterminisme historique entre Francis Fukuyama (sa vision hégélienne, ethnocentrique et eschatologique de La Fin de L’Histoire) et Jean Baudrillard beaucoup plus nuancé pour qui l’Histoire est davantage enfermée dans un cycle (L’Illusion de La Fin) irrégulier (à l’image de ces changements d’îles dans l’ouvrage ici commenté).

Manifestement, August Strindberg se revendique assez fermement d’une idéologie de gauche, voire d’extrême-gauche (anarchiste ?). Pourtant, rien dans cette fable n’est manipulé pour mettre en avant sa propre idéologie face aux dogmes qu’il critique. C’est avec une lucidité certaine qu’il montre les défaillances et la perversité de chacun des systèmes sociaux et politiques envisagés en mettant en exergue le biais que peuvent constituer les travers de l’homme et les externalités environnementales. C’est tout le contraste dressé entre la première et la seconde île, entre l’abondance et la rareté, entre la cohésion communautaire et l’explosion démographique et culturelle.

Grâce aux annotations pertinentes des traducteurs, on est en mesure de comprendre le parallélisme entre cette fable et l’histoire particulière du Royaume de Suède. On perçoit les critiques émises par l’auteur contre la gouvernance et la personnalité de certains dirigeants de l’Histoire suédoise. Pourtant, contrairement aux idées convenues (mais néanmoins fondées) sur les idéologues d’extrême gauche, il n’y a pas d’acharnement ni d’argumentaire péremptoire contre tel dirigeant ou telle politique, tel modèle social ou telle gouvernance politique. C’est dans une atmosphère nihiliste et fataliste (Nietzsche) que Strindberg semble dresser la dramatique destinée de l’humanité captive d’éléments supérieurs qu’elle ne peut maîtriser et qui ne peuvent que la guider à se perte (Francis Fukuyama) à commencer par l’incontestable réalité de la démographie croissante dans un environnement à l’espace et aux ressources limités (on retrouve ici des traits propres à la dramaturgie grecque). C’est d’inspiration rousseauiste (Discours Sur L’Origine Et Les Fondements de L’Inégalité Parmi Les Hommes) qu’il défend la thèse selon laquelle la rareté induit la propriété qui elle-même conduit à la perversion des comportements humains et des systèmes qui la portent.

On retrouve le schéma (certes incarné par de seuls enfants) de William Golding dans Sa Majesté des Mouches, à la réserve près que ce dernier a une vision plus « optimiste » (tout est relatif) dans la mesure où il considère qu’avant d’arriver à sa perte, l’homme saura se ranger derrière la plus haute autorité affirmée (selon, a priori, les critères les plus régressifs qui soient ; une sorte de Deus Ex Machina en réponse au fatalisme et au déterminisme de la dramaturgie grecque). C’est en ce point que l’on rejoint la théorie de Jean Baudrillard pour qui l’Histoire ne serait donc constituée que de cycles (au déterminisme souple) de progrès puis de régressions en fonction des réalités externes que l’homme ne peut pas maîtriser.

Tous ces débats sont passionnants et la formule de la fable satirique et dystopique est prompte à permettre au lecteur de mener une réflexion propre. Toutefois, en ce début de 21ème siècle, une nouvelle donnée est désormais majoritairement prégnante : la raréfaction des ressources et la finitude de la planète sur laquelle l’homme tend à se développer sans limites envisagées. Vers un destin escatologique tel que fictivement orchestré par René Barjavel dans Une Rose Au Paradis ?

Il ne s’agit nullement ici de mener une réflexion personnelle et philosophique. Mon propos lapidaire et de vulgarisation n’a ici, pour objectif, que de vous inviter à la lecture de cette fable d’August Strindberg (voire des autres références partagées) afin de nourrir votre propre réflexion.

 

Poche: 91 pages
Editeur : Flammarion
Collection : GF

Publicités

From → Littérature

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :