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Douze Contes Vagabonds – Gabriel Garcia Marquez

16 novembre 2011

Note : 10/20

 

Découvrir Gabriel Garcia Marquez par un recueil de douze nouvelles écrites durant presque vingt années (de 1974 à 1992) après ma déception des nouvelles de Ray Bradbury était un pari risqué. J’ai finalement été déçu par un auteur que l’on m’a vivement conseillé ; mais tout ceci reste tout de même autrement meilleur que les nouvelles suscitées. Ce n’est, quoi qu’il en soit, que le début de mes lectures de Gabriel Garcia Marquez dont les romans devraient occuper mes prochaines semaines. Hors de question de me faire un avis sur ce seul ouvrage, surtout quand il s’agit d’une compilation de nouvelles, ce genre littéraire fourbe et propre aux excentricités les plus absconses.

 

 Bon Voyage, Monsieur Le Président

 

Présentation :

Un ancien Président d’une République sud-américaine vient se faire opérer à Genève. Il rencontre un infirmier compatriote qui l’invite à déjeuner.

 

Commentaire :

Un récit sans liant, sans véritable introduction ni chute. On se perd dans une histoire dont on ne perçoit ni le sens ni l’intérêt. On suit les états d’âmes de ce couple qui n’est pas plus convaincu de ce qu’il va faire que nous le sommes de vouloir s’y intéresser. Un fait divers, quelconque.

C’est probablement dans cette dimension de pauvreté, de fait divers quelconque que réside l’intérêt de la nouvelle. Soit.

Je n’ai pas accroché. Certains passages, à la syntaxe et au style lexical de qualité, accrochent furtivement notre attention. Se plonger, de façon éphémère, dans la vie de ce couple condamné à l’exil, loin de son Amérique du Sud natale, éveille quelques images, souvenirs ou odeurs de lectures et expériences personnelles…certes. Soit.

Aussitôt lu, aussitôt oublié. Passable.

 

La Sainte

 

Présentation :

Un colombien parcourt pendant des années les bureaux de Rome et du Vatican en vue de faire canoniser sa fille dont le cadavre n’a jamais pourri.

 

Commentaire :

Se balader dans Rome et au Vatican sur plus de vingt années, c’est fort agréable. Cette nouvelle nous y invite et c’est son seul intérêt. C’est creux, c’est sans intérêt et c’est lent.

On a pitié de ce héros pathétique qui perd sa vie pour le combat de l’inutile : jour après jour, espérer une entrevue avec le Pape pour faire canoniser sa fille.

On ignore pourquoi ces digressions difficilement plus utiles sur cette pension de Maria, sur ce chanteur d’opéra, sur ce lion qui rugit, sur ce cinéaste sans destin… Tout ça s’accumule en quelques pages sans aucun intérêt.

Soit.

 

L’Avion de La Belle Endormie

 

Présentation :

Le narrateur se retrouve à côté d’une femme qu’il trouve très charmante durant un Paris-New-York, mais ignore comment l’aborder.

 

Commentaire :

Après deux nouvelles inutiles et insaisissable, cette nouvelle-ci, certes elle aussi inutile, présente l’avantage de décrire une réalité beaucoup plus palpable, banale. C’est probablement ce qui en fait sa force.

Bien que traitant d’un sujet commun et sans intérêt, elle arrive à lui donner corps en l’inscrivant dans un contexte qui fait écho chez tout lecteur : la vieille Néerlandaise qui bloque la file pendant une heure pour enregistrer onze bagages, la jolie jeune fille aperçue dans le hall, que l’on rêve de pouvoir aborder et qui s’avère finalement être notre voisine pour un vol long courrier…

La nouvelle est brève et chaque mot est rentabilisé. Aucune digression. Sans opter pour un rythme haletant, l’écriture offre une intensité au récit et permet, en quelques pages, de traiter du contexte, des états d’âme et des rebondissements avec qualité. C’est réaliste, c’est crédible.

Pourquoi pas…

 

Un Métier de Rêve

 

Présentation :

Projetée par une vague passée au-dessus de la digue, une automobiliste décède. Le narrateur nous raconte alors sa vie, celle d’une femme payée pour ses rêves, ses prémonitions et leurs interprétations.

 

Commentaire :

Étrange nouvelle racontant le destin de cette femme aux rêves prémonitoires mais si particuliers dans leur interprétations. Étrange destin de cette femme dont le métier aura été de prédire un sombre avenir à ses employeurs. Étranges employeurs qui les uns après les autres ont cédé leur fortune à cette étrange femme.

Et au milieu de cet étrange récit, notre narrateur semble être un pion, acteur inutile d’un destin tragique, étranger mais pourtant victime exilée des prémonitions de cette héroïne.

Il m’est difficile de porter un avis concret sur cette nouvelle dont je ne cerne pas vraiment l’intérêt ni les objectifs. L’écriture y est riche et le champ lexical propre à son auteur. L’écriture est limpide au point que l’on glisse dessus sans vraiment accrocher, par défaut de relief.

Scepticisme.

 

Je Ne Voulais Que Téléphoner

 

Présentation :

Après un incident mécanique pendant un voyage en voiture, une jeune femme entre dans un asile pour passer un coup de téléphone. Elle est alors prise pour une patiente.

 

Commentaire :

Une nouvelle caractéristique du genre. Si caractéristique que l’on en devine la chute. On sent l’inspiration directe d’Edgar Allan Poe et de Guy de Maupassant. C’est la nouvelle de Gabriel Garcia Marquez qui m’a le plus séduit. Incontestablement.

C’est entre la France et l’Espagne que se joue cette nouvelle-ci. Certains personnages caricaturaux donnent une dimension comique intéressant au récit, à l’image de la gardienne en chef, Herculina…qui porte bien son nom.

Le ton est très juste, parfaitement cohérent avec le genre qu’est la nouvelle ; l’auteur en joue et on sent qu’il s’en amuse. Le récit est de ce fait presque surréaliste mais potentiellement crédible, cette étrange frontière sur laquelle jouent les deux auteurs de fantastique suscités.

Une bonne surprise.

 

Épouvantes d’Un Mois d’Août

 

Présentation :

Une famille séjourne dans un château que l’on dit hanté.

 

Commentaire :

Cette nouvelle est très brève (moins de quatre pages) et tant mieux. Elle est inutile et ne mène nulle part si ce n’est à la nouvelle suivante.

Une famille arrive pour déjeuner, elle apprend que le château est hanté, elle reste donc finalement pour la nuit et voit le fantôme au réveil (un avatar de Calcifer de Hayao Miyazaki). Voilà. Fin.

Aucun éclat, aucun jeu avec les mots ou la syntaxe, aucune référence particulière…

Bien…

 

Maria dos Prazeres

 

Présentation :

Une ancienne fille de joie à Barcelone prépare son décès prochain.

 

Commentaire :

Une nouvelle très particulière qui se déroule dans les faubourgs de Barcelone entre Montjuich et le quartier nord du Paseo de Gracia et qui nous offre une intrigue aussi cocasse et tordue que les ouvrages architecturaux du héros local, Antoni Gaudí.

L’héroïne est une ancienne prostituée, immigrée de longue date en Catalogne, rebelle assumée, anarchiste dans l’âme et solitaire dans son genre. Elle organise sa mort, qu’elle imagine très proche, entre chez elle où elle reçoit l’employé des pompes funèbres et le cimetière de Montjuich où elle choisit un emplacement à côté de trois tombes d’anarchistes sur lequelles les noms de ces combattants du franquisme ont été effacés.

Un cadre, donc, cohérent dans une Catalogne viscéralement opposée à Franco mais encore timide dans son combat identitaire. Ces hésitations et cette crainte de la disparition et de l’anonymat vont de pair, on en apprécie le parallélisme et les contradictions. A la fois solitaire mais voulant subsister dans l’imaginaire collectif, à la fois anarchiste mais captive des coutumes traditionnelles et conservatrices…cette femme erre sans trop savoir où elle en est, à attendre une mort qui ne veut pas venir et qu’elle ne sait pas trop si elle la désire ou la combat…

La nouvelle s’arrête et interrompt brutalement le récit. Tant mieux. Il n’était pas nécessaire d’offrir une solution arbitraire, rationnelle ou tranchée au lecteur.

 

Dix-Sept Anglais Empoisonnés

 

Présentation :

Une femme sud-américaine erre dans Naples en attendant un signe de son consul.

 

Commentaire :

Une drôle de nouvelle dont le récit reste vague. Le lecteur erre dans le récit comme l’héroïne erre dans Naples. L’auteur semble aborder de trop nombreuses problématiques sans jamais vraiment en traiter une correctement (la dévotion de l’héroïne, l’implication du consul, la gestion des cadavres à Naples, le trouble engagement de ce curé croisé au restaurant, l’hôtellerie napolitaine ou ces dix-sept Anglais qui arrivent soudainement sans que l’on ne comprenne pourquoi).

Cette nouvelle présente quelques caractères intéressants à commencer par cette façon floue de nous présenter Naples (style alambiqué, récit confus, sentiments instables) comme pour en traduire l’agitation bordélique qui semble imprégner l’imaginaire de Gabriel Garcia Marquez.

Une nouvelle particulière qui n’a pas emporté ma conviction.

 

Tramontane

 

Présentation :

En Catalogne espagnole, une famille se barricade dans sa maison pour éviter la tempête.

 

Commentaire :

Une nouvelle aussi brève que médiocre. On en devine très tôt la chute ; on devine même que la chute demeurera inexpliquée. Le cliché de la nouvelle de type fantastique, pâle inspiration des modèles du genre à la façon de Guy de Maupassant, se ressent dès les premières lignes. Finalement, on a lu et compris cette nouvelle avant même d’en avoir achevé la première page.

Après la tempête, le calme.

 

L’Été Heureux de Mme Forbes

 

Présentation :

L’été de deux frères chez une mystérieuse Mme Forbes à l’éducation rigide mais au comportement nocturne moins rigoureux.

 

Commentaire :

Un classique des vacances estivales, un classique des nouvelles et romans traitant de l’enfance : les frères (et sœurs, c’est selon) envoyés pendant l’été dans une ville côtière chez les grands parents ou du moins chez une personne âgée… On se trouve alors face à deux schémas : la grand-mère qui couvre d’affection et de présents les enfants ainsi reçus ou alors le douloureux choc générationnel avec une discipline très stricte imposée aux enfants.

Pour cette nouvelle, que l’on peut croire mi-fantastique, mi-autobiographique, Gabriel Garcia Marquez opte pour la seconde branche de l’alternative et la pousse à l’extrême : privations de repas, système arbitraire de points, rigidité des exigences…qui vont faire naître chez les enfants des envies de meurtre…voire davantage que des envies.

On suit alors leurs états d’âme, l’élaboration de leur plan, la découverte de la vie nocturne de Mme Forbes. Dangereux engrenage bien servi par le rythme de l’écriture.

Une nouvelle d’honnête qualité. Rien de très original ni de transcendant mais qui relève le niveau de ces douze contes.

 

La Lumière Est Comme L’Eau

 

Présentation :

Les jeux aquatiques de deux enfants étonnants.

 

Commentaire :

Fonder toute une nouvelle sur un médiocre jeu de mot est un sacré défi. Malheureusement, c’est manqué, je n’ai pas du tout accroché. Un imaginaire à la Peter Pan avec ces enfants qui naviguent sur des flots de lumière dans un bateau Playmobil… Je ne vois pas trop où ça nous mène…surtout avec cette histoire de cancres devenus têtes de classe par le simple désir de pouvoir secrètement naviguer dans un appartement transformé en baignoire de lumière…

L’écriture est de bonne facture mais la forme ne peut sauver le fond.

Incompréhension.

 

La Trace de Ton Sang Dans La Neige

 

Présentation :

Une piqûre d’épine de rose, une balade en voiture qui mène deux jeunes mariés d’Andalousie à Paris.

 

Commentaire :

Une nouvelle en deux temps dont on devine là encore la chute sans vraiment en entendre l’intérêt.

Un premier temps, conte de Noël, où deux jeunes mariés amoureux remontent l’Europe dans une voiture de sport et grand luxe, à la recherche d’une pharmacie ouverte la nuit après que la jeune femme s’est piquée le doigt avec une épine de rose. On se croit alors davantage dans un roman que dans une nouvelle, une alternance entre présentation du passé des personnages et récit de leur aventure nocturne. On accroche à l’histoire servie par un style et un rythme cohérents.

Un deuxième temps, nouvelle fantastique, atmosphère Lost In Translation. A titre personnel, j’aime m’imaginer le quartier à l’époque (Port-Royal, rue Pierre Nicole et l’hôpital qui est probablement Cochin, voire Saint Vincent de Paul). Mais le récit s’enfonce dans des extravagances comme s’il fallait aligner les pages lourdes et inutiles pour nous faire saisir la longue et dure attente du mari.

On lit ces pages plutôt aisément, mais il manque cette originalité, cet écart par rapport au destin tout tracé de ces nouvelles.

 

Poche: 157 pages
Editeur : Le Livre de Poche
Collection : Littérature & Documents

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From → Littérature

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