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Mon avis sur le comportement de Messieurs Ghesquière et Taponier

2 novembre 2011

 

Après la lecture de l’article d’Yves Debay dans la revue Assaut (numéro 65, septembre 2011) sur Messieurs Ghesquiere et Taponier, j’ai eu envie d’y aller de ma petite chronique. Et ce pour deux raisons : d’une part, l’article d’Yves Debay a réveillé en moi une frustration trop longtemps enfouie sur la question ; d’autre part, cet article m’a quelque peu chagriné car rédigé trop à charge, avec trop de passion (voire de rancœur) et avec quelques indélicatesses syntaxiques ou orthographiques qui en réduisent l’impact (même si mon papier risque d’être aussi très à charge et nourri de passion).

 

 

Les faits

 

Un petit rappel préalable des faits s’impose. En 2009, Hervé Ghesquière et Stéphane Taponier demandent à l’EMA l’autorisation de se rendre en Afghanistan pour réaliser un reportage pour l’émission Envoyé Spécial sur le travail de nos soldats au sein de l’ISAF. A l’issue de leur séjour, une fois informations et images nécessaires collectées, ils regagnent Kaboul afin de rentrer en France par vol militaire. Mais au lieu de prendre l’avion, ils décident de se rendre seuls en vallée de Kapisa, sans en prévenir l’armée et malgré les interdictions, pour rencontrer les Talibans qui combattent contre les forces afghanes et les forces de l’ISAF. Le 30 décembre 2009, ils sont bien évidemment capturés par les Talibans. Ils sont libérés le 29 juin 2011 grâce à l’intense travail des soldats sur le terrain, des forces spéciales, de la DGSE et des intermédiaires afghans et rentrent en France en héros (ovations, concert, les honneurs d’une conférence de presse, un buzz médiatique démesuré, une promotion d’une école de journalisme baptisée en leurs noms…).

 

Mon raisonnement

 

Mon papier est essentiellement à charge. Ces hommes, et notamment Hervé Ghesquière (Stéphane Taponier, caméraman, l’a surtout suivi), ont eu un comportement honteux depuis la préparation de leur reportage jusqu’aux célébrations de leur retour en France. Ils ont manqué de respect aux soldats français, ils ont pris les médias en otage (en raison du fort corporatisme – lobby journalistique), ils ont mis en péril de très nombreuses vies et ils ont fortement décrédibilisé le très difficile mais néanmoins nécessaire travail des vrais reporters de guerre.

Ils ont surtout bénéficié d’un traitement médiatique incroyablement favorable, allant jusqu’à en faire des héros. Les rares critiques à leur encontre n’ayant pas reçu un dixième des éloges répandues.

Enfin, ils ont eu, à leur retour, un comportement inacceptable, ajoutant au manque de reconnaissance une forte propension aux mensonges.

Pour ces raisons-ci, il s’agit dans ce papier davantage d’un réquisitoire non-contradictoire mais que je souhaite néanmoins le plus impartial possible. Je ne porterai donc ni avis ni jugement sur tous les éléments de faits incertains (insultes présumées à l’encontre des militaires, manque de respect à l’égard de l’Off-Com…) et procès d’intentions (antimilitarisme, volonté de dire toute leur sympathie aux Talibans…).

L’importance des reporters de guerre

Je tiens à préciser que je n’ai rien contre la présence de journalistes sur les théâtres d’opération. Bien au contraire, j’estime que les reporters de guerre sont indispensables à triple titre : pour s’assurer que nos soldats respectent les principes et lois de la guerre (de la célèbre Convention de Genève à des réglementations plus particulières comme les mandats onusiens), pour informer avec un œil extérieur et objectif (n’est-ce pas la vocation première du journalisme ?) et pour rendre hommage au travail difficile et dangereux de nos soldats. Je tiens, par exemple, en très haute estime Robert Capa.

C’est justement sur ce point que j’émets une première critique à l’encontre de Messieurs Ghesquière et Taponier. Par leur comportement irresponsable, leur violation des règles, la mise en danger des soldats français et bien pire encore, ils ont décrédibilisé auprès des soldats (qui ne leur feront pas de nouveau confiance avant un certain temps), des Américains et des Afghans la belle profession de reporter de guerre. Ces Messieurs crient à la liberté de la presse, alors qu’ils n’ont fait que lui nuire. Il existe des règles strictes afin de ne pas mettre en péril les reporters, leurs accompagnateurs ou les soldats. En bafouant sciemment et volontairement ces règles, ils ont agi de manière irresponsable, dans un intérêt (quel qu’il soit) purement égoïste, au mépris des valeurs qu’ils prétendent servir. Messieurs, vos réactions sont déplacées, votre hypocrisie est nauséabonde : non seulement, vous avez porté atteinte aux intérêts de votre profession mais, de surcroît, vous les invoquez à des fins purement fallacieuses.

 

Les mensonges

 

Tout ceci est d’autant plus navrant qu’un journaliste, pour être crédible, se doit d’être objectif, tant que possible, et donc honnête. Les discours post-libération de ces Messieurs ont malheureusement atteint des sommets de malhonnêteté avec des conférences de presse où les mensonges ont remplacé remerciements et reconnaissance.

Alors que ces Messieurs ont été informés des dangers à s’aventurer seuls dans la très particulière vallée de Kapisa, ils osent déclarer : « Personne ne nous a rien dit. Que cela soit clair ».

Il est déjà inepte d’essayer de nous faire croire que des reporters de guerre, plusieurs fois présents déjà en Afghanistan, ignoraient la réalité du danger de se rendre seuls dans une vallée contrôlée par les Talibans et où les tribus pachtounes sont inféodées au pouvoir central. Comment peuvent-ils décemment affirmer ignorer ces dangers ? Même un simple bambin français sortant de l’école maternelle, depuis son canapé au fin fond de la Creuse à regarder Titeuf avec un bol de Chocapic, sait qu’il est dangereux pour un occidental de se rendre seul dans un pays en guerre. En outre, toutes ces informations sont disponibles auprès du Ministère des Affaires Etrangères qu’il est toujours recommandé de contacter avant de se rendre dans un pays comme l’Afghanistan. L’hypocrisie à son paroxysme.

De surcroît, tout reporter de guerre, lorsqu’il contacte l’EMA pour se rendre sur un théâtre d’opération, est informé de tous les dangers. C’est d’autant plus le cas, en l’espèce, que l’EMA s’est opposé, en raison du danger que cela pouvait faire courir aux reporters mais aussi aux soldats chargés de les protéger, à la réalisation de ce reportage. Il a fallu que ces Messieurs tirent sur la corde politique pour obtenir un accord forcé des officiers en chef.

De plus, lors de la préparation du voyage, lors du voyage et à l’arrivée sur le théâtre d’opération, les reporters de guerre doivent lire, en français et en anglais, des consignes générales mais aussi personnalisées sur l’état des dangers dans le pays concerné. Ils doivent les lire mais aussi les signer. Ces Messieurs ont donc lu qu’il était très dangereux de s’aventurer seuls, sans prévenir l’armée, dans une zone aussi peu contrôlée que la vallée de Kapisa. Ils osent manipuler l’opinion publique en déclarant n’avoir pas été avertis alors qu’ils ont signé un papier où ils reconnaissent l’avoir été. Mentez donc Messieurs, il y aura toujours des candides pour vous croire.

Enfin, ils ont été reconduits par l’armée à leur avion en vue d’embarquer, comme ils s’y étaient engagés, pour la France. Leur escorte a donc pris logiquement congé une fois ces Messieurs arrivés à l’aéroport international de Kaboul. Le simple fait de n’avoir pas pu circuler sans escorte durant leur séjour atteste bien de la réalité du danger local, alors même qu’ils sont restés sur des routes, dans des villes ou des zones (telles les FOB) contrôlées par les forces afghanes et l’ISAF. Il était donc évident qu’hors de ces zones contrôlées, une escorte était encore plus nécessaire.

Le second mensonge tient à la nature du reportage qu’ils annonçaient vouloir réaliser. La demande déposée à l’EMA (puis auprès des hommes politiques) concernait un reportage sur la vie des soldats français en Afghanistan, leur quotidien, leur vécu, leurs difficultés et leur courage. A aucun moment, il n’était question de confronter des Talibans ou des chefs de tribus pachtounes. C’est ainsi qu’un Off-Com et une escorte ont été mis à leur disposition durant toute la durée de leur reportage de Kaboul jusqu’aux FOB en passant par des excursions avec les troupes dans des VAB.

La réalité a bien montré que leurs souhaits étaient autres. Au-delà de savoir s’ils étaient là pour montrer le quotidien des soldats comme annoncé ou pour le dénoncer par des provocations caméra allumée, leur déplacement en vallée de Kapisa, sans avertir l’armée, poursuivait donc un but autre. Que ce soit pour témoigner de la sympathie aux Talibans comme on peut l’entendre (mais sans la moindre preuve venant étayer ces insinuations) ou simplement pour donner la parole auxdits Talibans (et donc offrir un discours contradictoire au téléspectateur français), ces Messieurs ont délibérément menti. Et une fois libérés, ils ont continué à le faire de manière éhontée.

Enfin, ils ont ouvertement menti à l’armée en lui déclarant monter dans l’avion prévu en vue d’un retour en France alors qu’ils avaient manifestement des plans tout autres. Ils ne sont jamais montés dans cet avion alors que chacun les y croyait.

 

Les conséquences de leur comportement

 

Par leur comportement, d’une part sur le terrain, mais surtout depuis leur retour, ces Messieurs sont responsables de plusieurs maux.

En premier lieu, ils ont nourri plus que de mesure la défiance des militaires à l’égard des journalistes, qui plus est parachutés après intervention politique. Alors qu’ils ont mis en danger la vie de ceux qui les ont escortés, de ceux qui les ont recherchés, de ceux qui ont négocié leur libération, de ceux qui n’ont pu agir à cause des menaces pesant sur les otages…ils se sont permis de fanfaronner devant micros et caméras à leur retour sans respect ni reconnaissance pour ces soldats sur le terrain et ces hommes qui ont œuvré à leur libération. Pire, ils ont fui leurs responsabilités et honteusement menti à charge contre l’armée. Insensé.

Ceci est d’autant plus mal perçu par les militaires qu’il existe une réelle disproportion de traitement médiatique entre les soldats tombés au combat en faisant leur devoir et des journalistes ne respectant pas les règles et mettant d’autres vies en danger. Car l’une des principales conséquences de leur comportement irraisonné est la mort de leur chauffeur afghan, abattu lors de leur capture.

De surcroît, pendant toute la durée de leur activité, de très nombreuses opérations militaires (sans rapport avec la libération des otages), et pas seulement celles menées par les soldats français, ont été paralysées par peur de représailles contre ces Messieurs. Cela a permis à de nombreux combattants Talibans de s’échapper après avoir été encerclés par les forces de l’ISAF. Cela a interdit des opérations vitales contre les Talibans qui ont alors pu développer certaines opérations et lancer des attaques et attentats contre les Afghans et les soldats. Cela a donc offert aux Talibans davantage de répit et une certaine impunité en vallée de Kapisa,  nombreux sont ceux à l’avoir payé de leur vie.

Comme le rappelle Yves Debay, reculer lorsque l’ennemi est acculé est une profonde marque de faiblesse. Ne plus s’aventurer dans certaines régions, ne plus participer à des chouras…sont aussi des marques de faiblesses. Or, pour gagner le soutien et le respect des tribus pachtounes et des maleks, il faut montrer que l’on est le plus fort. Ce sont donc à la fois les missions militaires et diplomatiques (que l’on sait extrêmement cruciale dans une guerre en Afghanistan) qui ont été paralysées à cause de ces Messieurs.

En outre, la libération de ces Messieurs n’a pas été gratuite. Elle a coûté plusieurs millions d’euros de recherche et a été la contrepartie du versement d’une rançon (aux ravisseurs et à divers intermédiaires) dont le montant se chiffre en dizaines de millions et de la libération de nombreux combattants Talibans faits auparavant prisonniers.

Aucun de ces chiffres n’est officiel, mais d’après le général Jean-Louis Georgelin, les coûts de recherche ont atteint 10 millions d’euros (soit 10 jours d’opérations en Libye). Pour la rançon, on parle de 20 millions d’euros et de 17 chefs Talibans relâchés. Autant dire que la libération de ces Messieurs a permis de financer de très nombreux attentats, attaques, entraînements des Talibans contre les troupes de l’ISAF (celles-là même qui ont risqué leur vie pour libérer ces otages irresponsables) par l’achat d’armes notamment ou de réorganiser la chaîne de commandement des Talibans (avec le retour de chefs expérimentés). C’est ce qui fait dire à certains soldats que : « Pour un soldat, payer ses impôts est suicidaire. Cela sert à acheter les armes qui risquent de le tuer ». J’ajouterais même qu’un soldat qui paie ses impôts et aide à la libération d’otages au péril de sa vie permet à l’ennemi d’acheter les armes qui risquent de le tuer.

Surtout, l’armée française souffre d’un grave manque de moyens. Le budget de la Défense est toujours la première victime des coupes budgétaires. On a une armée de très grande valeur composée de soldats courageux, bien formés et très respectueux des règles. Ils réussissent chaque jour des miracles sur les théâtres d’opération avec un matériel obsolète (trop vieux et trop faible en quantité). C’est parce qu’ils en prennent soin malgré l’âge et parce qu’ils en optimisent l’utilisation que nos soldats survivent avec ce matériel, dix fois moindre que celui des Américains. Au lieu donc d’investir ces sommes dans le renouvellement du matériel permettant d’assurer davantage de sécurité pour nos soldats, on verse des millions à ceux-là mêmes qui vont pouvoir moderniser leur matériel contre nos propres militaires (et les civils afghans). Quelle immense responsabilité que partagent nos décideurs politiques, le lobby corporatiste des journalistes et ces irresponsables et dangereux coupables (meurtriers ?) de Messieurs Ghesquière et Taponier !!

 

L’incroyable démesure du lobby journalistique

 

On peut donc concevoir la frustration de ces soldats qui œuvrent à leur propre perte à cause des comportements criminels et inutiles de ces Messieurs.

Et la frustration est d’autant plus vive que ces escrocs ont bénéficié d’un soutien démesuré de la part des hommes politiques, de l’opinion publique et du lobby journalistique pendant près de deux ans. On en a fait des martyrs qu’il fallait absolument placer au-dessus de tout : décompte des jours de captivité martelé après chaque programme télévisuel, réception des familles et des collègues par nos élus…

Pendant ce temps-là, ces mêmes journalistes critiquent ouvertement le travail de nos soldats en Afghanistan. En appelant à mettre fin à un engagement de nos troupes (à propos duquel ils ne savent rien) avec comme argument la prétendue inutilité de nos soldats, ils insultent le dangereux, difficile mais nécessaire travail quotidien de nos soldats. Ces mêmes soldats qui mettent leur vie en jeu pour escorter ou libérer les journalistes sur le terrain.

Par ailleurs, lorsque l’un de nos soldats paie cet engagement de sa vie, l’écho médiatique est bien moindre. Il est surtout instrumentalisé pour permettre de faire passer des messages antimilitaristes, politiques ou irrespectueux. Qui connaît les noms de nos soldats morts en Afghanistan en faisant leur devoir ? Personne si ce n’est leurs camarades qui continuent de se battre. Qui, a contrario, ne connaît pas les noms des escrocs Florence Aubenas, Stéphane Taponier ou Hervé Ghesquière ? Qui connaît les noms des soldats et agents de la DGSE qui ont risqué leur vie pour les libérer ?

Quel média parle de Denis Allex, l’agent français de la DGSE, prisonnier en Somalie depuis 850 jours ? Personne. Il n’intéresse aucun journaliste alors que cet homme faisait son travail au service de la France et de la liberté, dans le respect des règles et au péril de sa vie. Ne mérite-t-il pas au moins un dixième de la considération des journalistes à l’égard de leurs confrères ?

Nos soldats et leurs familles voient les leurs tomber au combat dans l’anonymat pendant que les journalistes irresponsables reçoivent à leur libération (par les soldats) louanges et honneurs d’une conférence de presse, d’un avion dédié, de déclarations des hommes politiques, d’une édition spéciale de tous les médias… Accueillis en héros !! Quel immense manque de respect pour nos soldats !! Quel monstrueux manque de respect pour les prochaines victimes des Talibans armés et revigorés par cette rançon !!

Messieurs Ghesquière et Taponier, vous n’êtes pas des héros. Vous êtes de dangereux irresponsables, vous êtes indirectement et pour l’éternité responsables de nombreuses victimes des Talibans, vous êtes des lâches, incapables d’assumer leurs responsabilités, et des menteurs. Vous êtes la honte de votre profession et vous ne méritez pas un millième des soutiens que vous avez reçus ni des énormes risques qu’ont courus, pour vous, malgré votre haine et votre mépris, nos courageux et humbles soldats.

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2 commentaires
  1. morfaux permalink

    je suis de l’avis de Debay .Cet article aussi est bon !

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  1. Forces Spéciales « Le coin des Sybarites

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