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Les Identités Meurtrières – Amin Maalouf

24 octobre 2011

Note : 14/20

 

Présentation :

Au début de 21ème siècle, Amin Maalouf mène une réflexion sur les vertus du multiculturalisme et les dangers du repli identitaire.

 

Commentaire :

Bref, mais dense, cet ouvrage d’Amin Maalouf est une invitation à mener une réflexion personnelle sur les questions identitaires, le multiculturalisme individuel et sociétal.

« L’identité n’est pas donnée une fois pour toutes, elle se construit et se transforme tout au long de l’existence« .

Amin Maalouf est franco-libanais catholique. Sa langue maternelle est l’arabe mais il écrit ses ouvrages en français (avec une qualité et une richesse dont beaucoup de francophones de naissance pourraient s’inspirer). Il a vécu la première moitié de sa vie au Liban, la seconde en France.

Il part du principe qu’il n’est pas davantage Français que Libanais, ni l’inverse : son identité s’est construite sur ces deux cultures qui forment un tout. Il regrette ce besoin chez les gens qu’il rencontre de le catégoriser soit « davantage Libanais », soit « davantage Français ». C’est tout le postulat qui fonde cet essai, cristallisé par cet exemple : « Aux yeux de sa société d’adoption, il n’est pas allemand ; aux yeux de sa société d’origine, il n’est plus vraiment turc« .

Il développe ensuite des pistes de réflexion selon quatre axes principaux :

– les liens entre son identité et le sentiment d’appartenance. Il montre toutes les influences de notre environnement multiculturel dans la construction de notre identité et de notre société. C’est aussi l’occasion de relativiser les différences que l’on pensait définitives au cours de l’Histoire de France (Bretagne, Bourgogne, Pays Basque, Dauphiné…) et qui aujourd’hui semblent dérisoires au regard de celles répandues à propos du monde arabe. Il est possible pour une même identité personnelle d’appartenir à plusieurs communautés.

– le rôle du temps et de la modernité dans l’évolution des sociétés sous le prisme de la religion : la société occidentale est le fruit des pensées chrétiennes, mais le christianisme a pu se développer et devenir la religion de tolérance qu’il est grâce à l’environnement occidental. Amin Maalouf met cette double évolution au cœur d’une réflexion sur l’avenir de l’Islam loin des clichés réducteurs et prompts à la diabolisation que l’on peut entendre.

– l’importance de la mondialisation et du rapprochement des cultures et religions. Mais il se prononce évidemment contre l’uniformisation des cultures qui serait selon lui la perte de très grandes richesses. Il considère cependant que la mondialisation, la rencontre des cultures doit permettre une connaissance réelle de chacune d’elles par les autres afin de réduire la nuisance des clichés.

– la création d’un patrimoine commun universel dans lequel chacun, quelles que soient sa culture et son identité, pourrait se reconnaître. Il analyse particulièrement le rôle de la langue maternelle dans la construction de chacun tout en insistant sur la nécessité de la diffusion d’une même langue comme vecteur de communication universelle. « Rien n’est plus dangereux que de chercher à rompre le cordon maternel qui relie un homme à sa langue. Lorsqu’il est rompu, ou gravement perturbé, cela se répercute désastreusement sur l’ensemble de la personnalité« .

C’est avant tout un essai qui doit permettre à chacun de mener sa propre réflexion. Amin Maalouf nous fournit les pistes et quelques éléments ou historiques ou de son expérience personnelle pour alimenter cette réflexion. Les valeurs de respect, partage et tolérance innerve un ouvrage qui est une invitation à la connaissance de l’autre au-delà des clichés ou des généralisations.

La grande force d’Amin Maalouf est de ne jamais tomber dans la facilité, la niaiserie ou le politiquement correct de bas étage omniprésent dans les médias ou discours de certains « politiques » ou « intellectuels ». Il n’essaie aucunement d’imposer sa vision au lecteur, mais l’invite, bien au contraire, à mener sa propre réflexion à partir d’éléments objectifs.

J’en recommande vivement la lecture. Un tel ouvrage pourrait (devrait) même avoir sa place dans les lectures d’un collégien ou d’un lycéen, période de construction personnelle accélérée et donc propice à ces réflexions.


 

Poche: 189 pages
Editeur : Le Livre de Poche
Collection : Littérature & Documents

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3 commentaires
  1. Je n’ai pas lu celui-là, mais si j’en crois ta critique il est dans la lignée des autres bouquins de Maalouf, qui est un des plus grands auteurs francophones de notre temps. Les thèmes qu’il aborde (l’identité notamment), vus et revus, me sont devenus à la longue assez pénibles mais Maalouf sait les traiter avec pertinence, distance, et intelligence.

    • J’ai acheté six nouveaux ouvrages d’Amin Maalouf, donc je te dirai rapidement comment je situe cet ouvrage dans son œuvre.

      Mais la grande force de Maalouf, surtout dans cet essai, c’est de donner au lecteur les éléments pour que celui-ci mène sa propre réflexion. Il aiguille et fournit les bases, mais il ne donne pas la leçon, ne dit pas qui a raison ou tort et ne se perd pas dans des considérations intellectuelles pesantes.

      Son identité personnelle offre une légitimité certaine à son propos mais à aucun moment il ne s’en sert comme argument d’autorité.

      D’un point de vue stylistique, c’est superbement écrit : vocabulaire riche et syntaxe fine ; on est loin du style pompeux et amphigourique de certains chantres auto-proclamés de la littérature française contemporaine.

      Enfin, l’essai est bref (moins de 200 pages), ce qui est une forte invitation à la lecture. Surtout cela montre bien qu’il n’essaie pas de répondre à une quelconque problématique mais qu’il souhaite simplement que chacun porte ces questions à son propre niveau.

  2. Je le tenterai, je pense. On manque tellement de beaux essais sur ces thèmes. Le reste est en principe soit polémique, soit naïf.

    Perso je connais mieux Maalouf pour ses talents de conteur que d’essayiste. Léon l’Africain, le Rocher de Tanios et le Périple de Baldassare m’ont tous les trois laissé un grand souvenir.

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